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13.02.2005

Interview d’Henri Sérandour, président du Comité olympique français

Interview d’Henri Sérandour, président du Comité olympique français

- réalisée par Ensemble contre la peine de mort, Amnesty International et Reporters sans Frontières, le 6 mars 2008 -

La Charte affirme que l’Olympisme repose sur « le respect des principes éthiques fondamentaux universels » il est porteur de valeurs fortes, et vise à mettre le sport « au service du développement harmonieux de l’Homme en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine ». En Chine où se tiendront les prochains JO, les droits humains fondamentaux ne sont pas respectés, séquestration de journalistes, d’opposants politiques, torture, peine de mort avec exécutions massives, pourquoi le Comité Olympique français reste-t-il silencieux ?

Je le dis, je suis soucieux des droits de l’Homme en Chine, je m’en inquiète. Mais il n’y a pas qu’en Chine que l’on applique la peine de mort, même s’il est vrai que je fais la différence entre les pays où les prévenus ont le droit à un procès et un jugement digne et juste et la Chine où ce n’est pas le cas. Je le reconnais et je m’en suis déjà ouvert aux chinois.

Organiser les JO en Chine c’est notre petite pierre blanche apportée à l’olympisme. J’espère que cela aidera à faire avancer la cause des droits de l’Homme dans le pays. Mais ne demandez au sport de traiter des problèmes que les hommes politiques eux-mêmes ne parviennent pas à résoudre !

En 2001 les autorités chinoises avaient fait des promesses en termes d’avancées des droits humains dans leur pays, ils ne les ont pas tenues.

Il ne faut pas être naïf, quand on est en campagne on fait des promesses que l’on ne tient plus ensuite, ça se passe en France aussi !

Le CIO ne devrait-il pas rappeler les autorités chinoises à ses promesses ?

Ce que vous dénoncez existait avant les JO. Vous avez raison de vouloir faire progresser les droits de l’Homme en Chine, c’est une belle aspiration, la plus belle qui soit à part pour ceux que ça n’arrange pas. Mais la question est celle de la méthode, la dénonciation pure est simple ne nous paraît pas la meilleure. Le Comité olympique français table sur la diplomatie et sur le long terme avec par exemple des échanges entre écoliers de Chine et de France. Nous invitons de jeunes chinois, de jeunes français partent en Chine, c’est en apprenant à se connaître et en s’ouvrant à la culture de l’autre que l’on progresse mutuellement. Nous travaillons sur les futures générations.

Avez-vous donné des consignes pour que les sportifs soient attentifs à leur communication ?

Les athlètes français ont le droit de libre expression, nous l’avons dit, nous le répétons. Jamais je ne suis intervenu pour faire taire les athlètes. Mais je leur demande d’appliquer les règlements de la Charte. Il ne doit pas y avoir de manifestation politique dans les villages olympiques et sur les lieux où se déroulent les jeux. Se sont les règles de l’olympisme, sans règles il n’y a pas de sport. Imaginez 204 pays avec des cultures, des religions différentes, si on autorise la politique au sein des stades ou des villages, c’est la porte ouverte à tout sauf au sport.


Je regrette par contre que l’on prenne nos athlètes en otage, j’ai reçu une lettre de Meddhi Baala, coureur de 1500 mètres qui a vu son nom utilisé pour dénoncer les droits de l’Homme en Chine sans son autorisation. Il porte plainte contre une section locale d’une organisation de défense des droits de l’Homme. Je redoute cette dérive, chacun doit être libre de son expression mais ne doit pas y être forcé.

Nous, collectif Chine, réunissant 10 associations, réprouvons évidemment l’utilisation du nom d’athlètes non consentants.
Le Collectif Chine vous propose d’intervenir dans un séminaire d’information sur les différents points de non-respect des droits humains en Chine à l’instar des séminaires organisés par les Comités olympiques suédois et norvégiens. Un séminaire ouvert, à destinations de sportifs français sélectionnés pour les jeux olympiques. Il nous paraît important que les athlètes français soient informés objectivement et qu’ils puissent ainsi représenter la France dignement.

Les athlètes français sont majeurs, ils sont très informés de ce qui se passe en Chine ! Il faudrait ne pas ouvrir un poste radio ou un journal pour ignorer ce qui se passe. Les sportifs français ont une famille, on se parle en famille aussi. Ils sont dans la société comme tout le monde et sans doute pas avec les meilleurs salaires et les meilleures conditions de vie. Bien sûr qu’il y a des réactions d’athlètes, ils s’interrogent et s’inquiètent. Ils s’en sont ouverts à leurs éducateurs qui ont apporté des explications.

Mais ma position est ferme : c’est aux athlètes de demander ce type de séminaire, pas à nous Comité olympique français de leur imposer. Ce n’est pas ça la pédagogie, le pédagogue accompagne, il ne prend pas ses élèves, il ne les met pas en séminaire pour leur dire voilà ce qui se passe en Chine. Les athlètes français ont un cerveau, ils peuvent réfléchir d’eux-mêmes.


Les athlètes suédois et norvégiens ont également un cerveau, pourtant les Comités nationaux olympiques ont jugé utile de les informer de la situation des droits humains en Chine avant les JO.

Je n’ai pas dit que les athlètes suédois et norvégiens manquaient d’intelligence. Ce que je dis c’est que nous n’avons pas la même culture. Nos athlètes connaissent déjà la Chine, nous avons une douzaine de lieu d’implantation de stage dans le pays, où les sportifs sont allés s’entraîner. Ils ont vu la Chine déjà, je préfère qu’ils découvrent sur place plutôt que dans une salle lors d’un séminaire. Les JO sont avant tout une fête sportive, nous entraînons nos athlètes pour le sport. Nous ne sommes ni des imbéciles ni des pleutres mais nous mettons le sport en avant, dans une démarche positive.